« 24 décembre 1864 » [source : BnF, Mss, NAF 16385, f. 274], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10920, page consultée le 15 juin 2026.
Guernesey, 24 décembre [18]64, samedi matin, 8 h. ½
Bonjour, mon cher petit homme, bonjour à vous que j’aime et à toi que j’adore. Il
fait beau sur la terre et sur l’onde, et votre oriflamme resplendit à votre balcon,
ce
qui me fait espérer que vous avez passé une very good nuit.
De mon côté j’ai l’honneur de vous en offrir une non moins bonne avec tout le reste
à
l’avenant. Cela vous va-t-il ? Eh bien topez-là, je suis votre Juju à [boc ?] et à
[bac ?], à cœur et à âme, à pot et à rôt, à pied et à cheval, à tu et
à toi. En ce moment passe sous mes yeux un petit bateau à vapeur qui lutte avec le
vent et qui va dans ta direction ; peut-être le regardes-tu en même temps ; dans cette
pensée je te charge de toutes sortes de tendresses pour toi avec mission de les
déposer dans ton cœur chemin faisant.
Ma pauvre Elisabet est toujours mal en point. Je crains que cela ne devienne plus
sérieux, ce qui serait bien malheureux pour cette pauvre petite et jetterait d’une
grande tristesse et un grand trouble dans mon petit intérieur. Car nous l’aimons,
moi
et Suzanne, et son honnêteté me donnait une
sécurité que j’aurais bien de la peine à retrouver dans le personnel domestique de
l’île si j’étais obligée par la force des choses de renoncer à elle. Il y a juste
un
an qu’elle a eu cette première atteinte si grave du mal de poitrine. Je tremble que
ce
ne soit une seconde attaque du même mal et j’en suis bien tourmentée pour elle et
pour
moi. Je tâche de la soigner de mon mieux en lui montrant beaucoup de tranquillité
et
de sérénité sur son mal dont elle ne s’inquiète pas du tout, du reste, ce qui est
une
grâce d’état. Et puis j’espère que je m’exagèrea son mal qui n’est probablement qu’une indisposition tout simple
et qu’un peu de soin dissipera.
En attendant je t’aime, ce qui est ma manière de
prier Dieu. Je me confie à lui et à toi et je vous adore et je vous bénis l’un par
l’autre de toutes les forces de mon âme.
J.
a « je m’exagères ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.
- 14 avrilWilliam Shakespeare.
- 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
- 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
- 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
- 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
- 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
